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Linguistique forensique : ce que le style peut révéler

Comprendre la stylométrie, les chiffres sur l’analyse des récits et les limites d’une attribution fondée sur des messages ou des mots.

TrueCrime.today Editorial6 min de lecture
Un bureau de recherche imaginé, avec des documents, un enregistrement et un carnet TrueCrime.today.

Un documentaire te montre des points colorés sur un graphique. Le message anonyme paraît proche des textes d’une personne, et le commentaire affirme que son style l’a trahie. Mais proche de quoi, et parmi combien de personnes ? La linguistique forensique peut éclairer cette comparaison. Avant de suivre le commentaire, il faut comprendre ce que le graphique représente et ce qu’il laisse de côté.

TL;DR

La linguistique forensique étudie le langage lorsqu’il compte dans une enquête ou une procédure. La stylométrie en examine des caractéristiques mesurables pour comparer des textes. Une proximité de style ne désigne pas à elle seule un coupable. L’auteur possible, le sens du message et la vérité du récit demandent des vérifications différentes. Les chiffres d’une recherche ne donnent pas automatiquement la fiabilité d’une analyse dans une autre situation.

Pourquoi un graphique peut-il nous convaincre trop vite ?

Imaginons trois ensembles de textes, représentés par trois couleurs, et un message à attribuer. À l’écran, ce dernier tombe près d’un groupe. Le dessin rend la ressemblance facile à voir, mais il ne dit pas encore comment les caractéristiques ont été choisies, ni si une personne absente des trois groupes pourrait écrire de la même manière.

Dans un entretien publié par l’UNIL en septembre 2024, la chercheuse Valentina Cammarota explique les limites d’une lecture seulement visuelle et l’importance d’évaluer les observations sous des hypothèses explicites. Un joli regroupement ne remplace pas cette explication.

Pour ton exemple, la première question serait donc : quels textes composent chaque groupe ? Une collection de lettres professionnelles et une collection de messages amicaux pourraient se séparer pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement à l’identité.

Que mesure la stylométrie ?

Elle peut compter des mots fréquents, des constructions ou des suites de caractères. On appelle ces dernières des n-grammes. Pour comprendre le principe, prends notre exemple inventé, « porte » : les paires successives sont « po », « or », « rt » et « te ». Leur fréquence dans un ensemble de textes peut entrer dans une comparaison.

Ces mesures décrivent des habitudes, pas une pensée cachée. Un mot inquiétant relève du contenu; une fréquence ou une répétition de formes relève d’un autre niveau d’analyse. Il faut préciser lequel on examine.

Dans le true crime, le rapprochement entre un style et un portrait psychologique peut se faire en quelques secondes de montage. Revenir à la mesure permet de repérer ce saut : le graphique parle de textes, tandis que le commentaire parle parfois déjà de culpabilité.

À quoi ressemble une comparaison équitable ?

Les échantillons doivent être documentés : auteur connu, période, genre, volume et modifications éventuelles. Si un logiciel trouve un écart, tu dois pouvoir envisager les différences de situation avant de l’attribuer à une différence de personne.

L’UNIL rappelle notamment que le style évolue et que les textes courts compliquent l’analyse. Ce sont des difficultés à examiner, pas une règle selon laquelle tout message serait inutilisable. Une analyse doit expliquer ce qu’elle peut faire avec le matériau précis dont elle dispose.

Comparer des échantillons, considérer A, B ou une autre personne, puis expliquer la ressemblance : le graphique seul ne désigne pas un coupable.

Le schéma met les hypothèses entre les textes et la conclusion. Dans notre analyse des affaires de true crime, cette étape évite d’adopter le nom proposé par un récit avant d’avoir compris les éléments qui le soutiennent.

Peut-on reconnaître un mensonge dans un récit ?

C’est une autre recherche. Une méta-analyse de 2016 sur l’évaluation du contenu des déclarations réunissait 56 études et 3 429 participants. Pour les approches CBCA et Reality Monitoring examinées, la différence moyenne standardisée était d’environ 1, avec une forte hétérogénéité, I² = 92,48 %.

Cela décrit une différence entre groupes dans les recherches réunies. Ce n’est ni « 100 % de mensonges détectés » ni un seuil permettant de classer une personne sur un détail manquant. La diversité des résultats oblige aussi à regarder les conditions des études.

Un récit riche peut mériter une vérification, tout comme une contradiction précise. Mais quantité de détails et vérité ne sont pas des synonymes. La démarche utile consiste à chercher ce qui peut être recoupé, plutôt qu’à compter les détails pour prononcer un verdict.

Que faire d’un résultat qui semble très précis ?

Demande de quelle tâche il vient. Une précision calculée sur des textes dont les auteurs sont déjà connus n’est pas une probabilité personnelle attachée au message du documentaire. Elle dépend notamment des auteurs proposés, des textes utilisés et de ce qu’on a demandé au système de choisir.

Même un pourcentage élevé laisserait cette question ouverte : la bonne réponse pouvait-elle se trouver hors de la liste ? Un outil chargé de choisir entre A et B peut préférer A alors que le texte vient de C. Il faudrait étudier cette possibilité au lieu de présenter le meilleur choix disponible comme le seul auteur possible.

Les nombres ont leur place, mais avec leur objet. Le nombre d’auteurs comparés, la quantité de texte et les conditions du test comptent autant que le résultat mis en grand dans une vidéo.

Pourquoi une réponse change-t-elle avec la question ?

Dans une scène fictive, on demande « Tu étais dans la cuisine ? » et la réponse est « Non, dans le couloir ». Plus tard, une vidéo la résume par « Cette personne nie être dans la maison ». Le résumé a élargi la négation : cuisine et maison ne sont pas le même lieu.

Le langage permet ici de repérer une déformation sans lire dans les pensées. Il suffit de remettre côte à côte la question, la réponse et le résumé. Si le résumé ajoute une affirmation, il faut lui demander sa propre justification.

La question peut aussi proposer un horaire ou un nom. Un détail qui apparaît ensuite dans la réponse n’est pas nécessairement venu spontanément de la personne interrogée. Avant de le traiter comme un signe de mémoire ou de fabrication, regarde comment il est arrivé dans l’échange.

Et si le texte avait plusieurs mains ?

Un message peut avoir été dicté, corrigé ou repris d’un texte antérieur. La personne qui le publie n’a pas forcément rédigé chaque phrase. Une comparaison globale risque alors de masquer ce qui se passe dans certaines parties.

Dans notre message anonyme, imagine une introduction copiée et un dernier paragraphe ajouté. Il serait raisonnable d’examiner cette composition au lieu d’exiger d’emblée un auteur unique. La correction automatique peut, elle aussi, modifier ce qui ressemble à une habitude orthographique.

Ces possibilités ne prouvent pas qu’un tiers est intervenu. Elles montrent ce qu’il faut vérifier avant d’exclure cette explication. Une analyse peut parfois les discuter, parfois manquer des versions nécessaires pour les départager.

Comment lire un rapport sans lui faire dire davantage ?

Cherche la question, le matériau et la formulation finale. « Les observations soutiennent davantage cette hypothèse » ne signifie pas que toutes les autres explications ont disparu. Une conclusion étroite peut être solide; son élargissement dans un commentaire peut l’être beaucoup moins.

Il faut aussi garder le niveau de la question. Attribuer un texte ne démontre pas que son contenu est vrai. Un message de la bonne personne peut contenir une erreur, un mensonge, une citation ou un récit incomplet.

Si tu ne vois que la dernière phrase du rapport, il reste donc des choses à demander. Quels textes ont été comparés ? Quelles différences ont été discutées ? Quel auteur possible n’a pas pu être évalué ? Ce sont des questions sur le raisonnement, pas des accusations contre l’expert.

Quelle question poser quand on n’a qu’un extrait ?

Reviens à ce qui t’a convaincu : le graphique, le mot ou l’affirmation du commentaire. Demande quel document permettrait de vérifier cette impression. Parfois, la conversation complète suffit à corriger un résumé; parfois, l’attribution exige beaucoup plus de matériau.

Nous avons relu ces sources pour la dernière fois le 10 octobre 2026. Elles ne donnent pas une fiabilité valable pour chaque texte, langue et situation. Pour le graphique du début, garde donc une distinction simple : voir une ressemblance et comprendre sa valeur ne sont pas encore la même chose.

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